Une économie repose sur deux piliers:
- La conception, la production, le commerce et la distribution de biens et de services (notamment d’information, constituant progressivement un nouveau pilier de l’économie virtuelle liée aux récentes industries numériques, opposée et complémentaire à l’économie réelle),
- Un moteur financier dont il existe toutes sortes de modèles: moulins à vent, trottinette, à pédales, 2 temps, 4 temps, à essence, diesel, V6, V8, V12, électrique, hybride, à hydrogène, de fusée, etc..De même qu’on va plus vite en Ferrari qu’à dos d’âne, la finance est un outil plus pratique que le troc, car plus abstrait, d’échange, de modélisation et d’évaluation de ces biens et services.
Heureux les simples d’esprit
Heureux les simples d’esprit car le royaumes des cieux est à eux.
Heureux les pervers car l’argent facile est pour eux.
Pompier incendiaire (volant au secours de la misère dont elle était à l’origine), et bien que ne disposant que d’une trottinette financière en bois,

l’église catholique du moyen âge et sa « métaphysique de bourreau » (Nietzsche) a – comme certains organismes sociaux ou humanitaires contemporains – pratiqué la générosité avec l’argent des autres du moment que cela lui profitait: elle s’est au fil du temps considérablement enrichie, par simple accumulation, sans pour autant être autorisée à imaginer – et donc à conceptualiser – le fait de réinjecter cette richesse sous une forme abstraite (la finance) et d’en faire le levier d’un quelconque développement économique profitable à tous.

Je suis ton berger.
Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
Matthieu 6:31-33
L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme
Max Weber a parfaitement identifié les motivations réformistes, qui ont pris le contrepied parfait du catholicisme: l’ enrichissement personnel a été transformé en signe d’élection divine. Les protestants ont donc naturellement valorisé l’enrichissement personnel.

Sceau destiné à fabriquer des indulgences, sorte de coupe file pour le paradis
Prieuré augustinien près de Romsey (Angleterre) – entre 1470 and 1520
Plutôt que d’acheter des Indulgences aux Gentils Organisateurs de l’Église Catholique – qui s’était reconvertie en agence de voyages – pour un aller simple pour un hypothétique paradis, ils ont inventé la finance et préféré équiper leurs économies de moteurs financiers performants, jusqu’à des V12, prototypes de compétition qui ont parfois tendance à être dévoyés ou bricolés et à s’emballer, ou à tomber – même pilotés par des conducteurs compétents – carrément en panne..[2]

La naissance du capitalisme industriel a nécessité la mise au point de moteurs financiers puissants.

La spéculation, et en particulier la spéculation sur la spéculation (plus particulièrement sur les produits dérivés) nécessite un système de pilotage précis, quand on y comprend encore quelque chose..

Et il faut parfois faire appel à la police..
Le Capital et l’Entreprise
La Liberté d’entreprendre, consubstantielle à celle de posséder (que n’avaient ni les esclaves, ni les serfs du moyen âge, puisqu’ils étaient eux mêmes propriétés du seigneur du coin), fait partie de la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Le droit de l’ entreprise et le droit de propriété, qu’ils soient publics ou privés, constituent le cadre juridique qui permet de produire et de distribuer des biens, des services et de l’information sur le marché. Elle est de plus un lieu naturel de compétition, de socialisation, d’échanges et de complémentarité.
Elle a donc non seulement toute sa place dans une société démocratique, elle en est le terrain naturel d’expression et d’expansion économique et social.
L’Entreprise privée fonctionne avec du capital, qui lui sert de carburant et génère (quand tout va bien..) une récompense bien méritée sous forme de bénéfice qui peut être réinvesti en capital ou distribué sous forme de dividendes.
Rien de nouveau, donc!
Cependant l’ invention du concept de création de valeur pendant les années 90 (après la chute du mur de Berlin) aboutit à une concentration démentielle des capitaux entre de trop rares mains par le biais de la distribution exclusive des bénéfices aux initiés, parfois aux actionnaires, seuls acteurs reconnus par cette nouvelle interprétation du Capitalisme mais totalement déconnectés des réalités, qui exigent une rémunération du travail. Le capitalisme, d’outil de développement est devenu un outil de pouvoir aux pieds d’argile, car la création de valeur a surtout créé de la pauvreté dans les pays occidentaux.
La Culture de l’argent
La culture de l’argent existe depuis l’invention des pièces de monnaie. Assimilée à de la rétention anale (prépubère) par les psychanalystes freudiens, l’avarice est un symptôme de retard cognitif et émotionnel. Dans un rapport immature à l’argent, celui-ci est sale.
Ainsi, les rois très chrétiens avaient ils inventé une méthode efficace pour vider le pot de chambre nauséabond de la dette accumulée pour financer leurs guerres et autres fariboles: il leur suffisait d’écarteler ou de bruler vif leur banquier (ce qui n’est plus possible aujourd’hui) ou d’augmenter les impôts (ce qui est encore possible).

L’argent de la culture lui permet d’exister. Opposer les deux, c’est opposer le moteur de la voiture et les analyses, émotions et commentaires des passagers à propos du paysage qui défile sous leurs yeux.
absurde..
C’est pourquoi les pays dont le modèle économique et financier est évolué ont une culture plus riche et diversifiée. Les régimes communistes eux mêmes ont eu (e.g.: l’ex URSS, avec un moteur de Traban) et ont (e.g.: la Chine, avec un moteur électrique dernier cri) un instrument financier qui tient nécessairement compte des prévisions de croissance du PIB, des taux directeurs, des taux de change et de l’inflation, etc..
Produire, échanger et partager
Il existe trois exemples d’économies mixtes assumées, capitalistes et communistes, dont la synthèse est d’une nature radicalement différente de celle de chacun de ses composants, au Monde:
- celle des Êtas Unis d’Amérique juste avant et pendant la seconde guerre mondiale,
- ainsi que celles de la France et de la Chine.
Après les brillantes prestations de Monsieur Maginot (no comment..) et du Général Gamelin (qui refusait qu’on lui installe un téléphone sur son bureau, ce qui lui aurait pourtant permis de faire bombarder les divisions allemandes embouteillées derrière les Ardennes),
[Certains comprennent vite, mais il faut leur expliquer longtemps; et il y avait urgence..]
après que la 3è République ait imposé l’École Obligatoire et le Front populaire les Congés Payés, le Conseil National de la Libération Française a mis en place – dans un cadre Républicain restauré qui a fort heureusement hérité des acquis sociaux précédents – les Maisons du Peuple (qui ont disparu) et la Sécurité Sociale (que personne ne songerait, à part quelques grands malades, à remettre sérieusement en cause), en même temps que le Plan Marshall inondait une économie exsangue de capitaux massifs à destination libérale. La combinaison intelligente des deux pans de ce paradoxe historique a permis, grâce à l’impulsion du Général de Gaulle (qui avait une vision et les pieds sur terre), à l’économie française de se hisser dans le peloton de tête des pays industrialisés.
Pendant ce temps, les États Unis laissaient une partie importante (anciens combattants du Vietnam de de l’Irak dépressifs, victimes des crises bancaires et de l’externalisation des emplois productifs en .. Chine, COVID) de leurs WASP déclassés sur le carreau: clochardisés, exclus de la couche moyenne en plein délitement, incapables de s’adapter à l’industrie des services numériques et de se maintenir au niveau des salaires de la Silicon Valley, peu enclins à la révolte sociale, ils sont venus réactiver les tensions raciales dans un pays qui n’en n’a vraiment pas besoin.
Le fonctionnement de la Chine (dont la population d’un arrondissement de Pékin est l’équivalent démographique de celle d’un pays comme la Suède) n’est évidemment pas comparable, mais force est de constater que le mariage subtil des contraires semble y fonctionner, bien que sans liberté individuelle.
La corruption
Ni « Charity Business », qui a intérêt à conserver ses clients captifs, ni « Chacun pour Moi, Tous pour Moi » dogmatique, cette troisième voie montre celle du bon sens et de l’avenir, à condition de ne pas laisser une bureaucratie hors sol, qu’elle soit publique ou privée, étouffer le dynamisme libéral et la rigueur socialiste. La bureaucratie est une forme insidieuse de corruption, qu’elle favorise par ailleurs quand elles est conçue et utilisée par les mêmes oligarques.

Qu’il soit d’économie mixte ou non, tout système économique, et partant, politique est menacé par la corruption, qui freine – voire empêche – la production et la distribution de biens et services. La corruption ne peut être combattue que par des gouvernements intelligents, donc honnêtes, éloignés de toute forme de médiocrité et d’autoritarisme.
La Pensée Libertaire et le Libertarianisme
Si la pensée anarchiste et libertaire, qui n’est envisageable qu’entre adultes bien construits et consentants, se caractérise par 3 slogans cohérents d’une utopie bien connue des libertin(e)s:
- interdit d’interdire,
- ni dieu ni maître,
- la propriété c’est du vol,
les Libertarien(ne)s sont des libertaires, pas nécessairement tou(te)s libertin(e)s, qui se sont accordé – dans le domaine économique – le droit de censurer et d’interdire le dernier slogan, inventant ainsi – uniquement quand cela les arrange – le Capitalisme Anarchiste (en vogue dans les milieux branchés Californiens) qui s’autorise à ne rendre de comptes qu’à lui même (et encore..entre deux joints!) . Cet oxymore, qui porte en lui même sa propre injonction paradoxale, est bien sûr le socle pervers de la pure escroquerie intellectuelle qu’est le Capitalisme sauvage qui, capable du meilleur et du pire, ne recule devant rien, pourvu que ce soit rentable.
C’est ainsi que des rebelles libertariens à peine sortis de l’adolescence , qui n’ont pas hésité à sortir du cadre établi, ont créé de véritables empires monopolistiques et donc, paradoxalement, totalitaires: les GAFAM.
La création monétaire

La création monétaire correspond à une opération comptable qui symbolise un contrat de crédit entre une banque (publique ou privée) à un acteur économique (particulier ou entreprise). Ce crédit alimente la masse monétaire en circulation, qui se vide de son contenu au fur et à mesure du remboursement du crédit (et de ses intérêts). Une masse monétaire excessive est inflationniste, une masse monétaire trop faible est déflationniste, voire récessionniste .
Le new deal a permis la construction des usines d’armement pendant la seconde guerre mondiale, cédées ensuite gratuitement par l’état au capital.
Dans un modèle communiste, ou en cas de récession, l’état se substitue aux banques privées pour (ré)injecter de la masse monétaire.
Un peu d’histoire
Les comptabilités assyriennes et babylonienne
Le système d’écriture mésopotamien a probablement été initialement développé pour enregistrer les transactions économiques entre individus, avant de s’étendre à des usages plus variés. Les premiers documents écrits sont comptables. Les Babyloniennes possédaient des tables d’inverse, mais aussi des tables de carrés, de cubes, de somme de carrés et de cubes. Ils pouvaient parfois chercher ce que nous appelons un logarithme, mais dans des cas très précis et très limités.

La célèbre tablette Plimpton 322 (Columbia University, New-York, n° de catalogue : 322 – image tombée dans le domaine public) : peut-être une table trigonométrique, rédigée par les Babyloniens 1800 ans avant J.-C., soit plus de 3000 ans avant que la trigonométrie soit importée en Europe !
Ces tâtonnements ont donné progressivement naissance à l’écriture, a but épistolaire, contractuel, juridique, etc…
La monnaie fiduciaire
La monnaie fiduciaire est la monnaie comprenant les pièces modernes et les billets de banque[1]. C’est un instrument financier dont la valeur nominale est supérieure à la valeur intrinsèque ; la confiance (fiducia en latin) que lui accorde l’utilisateur comme valeur d’échange, moyen de paiement, et donc comme monnaie, repose sur un principe de garantie défendu par une institution centralisatrice.
source: wikipedia
Des lettres de change aux crypto monnaies
Depuis les lettres de change au Moyen âge, les assignats à la Révolution Française ou la digitalisation des échanges financiers au 20é siècle, la monnaie fiduciaire n’a de cesse que de :
- devenir un instrument de pouvoir (le pouvoir de frapper monnaie et sa planche à billets),
- d’évoluer vers des supports de plus en plus abstraits,
ouvrant ainsi la porte à une spéculation opaque.
Les crypto monnaies
La gestion des crypto monnaies, à l’inverse de celle des monnaies fiduciaires traditionnelles, est décentralisée; appelée à tort crypto monnaie, elles ne sont pas nécessairement cryptées[1]. La description des transactions dans lesquelles elles sont impliquées est simplement anonyme et archivée de façon sûre (modulo les limites de la technologie) dans une blockchain.
Les blockchains peuvent garantir l’intégrité, la confidentialité et l’authenticité de toute transaction, en la notarisant; de là à en faire un mécanisme d’échange monétaire (notarisation de l’émetteur, du destinataire, du montant, associé éventuellement à un contrat digital), il n’y a qu’un pas.. Les crypto monnaies permettent la création monétaire à partir de blockchains Open Sources sans passer ni par les Banques Centrales ni par les Banques traditionnelles. Celles ci sont alors contournées, dans le cadre d’une économie parallèle, par la mise en place directe de transferts de fonds, de paiements et de prêts entre particuliers.
La fonction bancaire échoit dans un premier temps, avant que le système bancaire ne s’adapte, à l’informaticien capable de produire une telle monnaie. Les geeks qui développent ces crypto monnaies concurrencent en effet directement les monopoles monétaires bancaires protégés par la loi, puisqu’ils ont le pouvoir et se donnent le droit, comme les seigneurs du moyen âge, de battre monnaie. D’inspiration anarco libertarienne, leur espérance de vie est politiquement limitée..
En attendant les crypto monnaies sont un jouet très pratique pour qui veut planquer ses sous, se livrer à des activités douteuses, s’enrichir en manipulant les cours ou en partant avec la caisse. Même si une régulation US est en cours, renforcée par le principe d’ extraterritorialité, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain: les monnaies virtuelles, mêmes étatiques, ont un avenir.
Synthèse
En dehors de toute passion, la synthèse entre socialo-communisme et capitalisme est une affaire de bon sens.. C’est ainsi que le marché captif constitué par l’industrie pharmaceutique française, qui repose sur la sécurité sociale, permet à celle ci de rester un acteur majeur au plan mondial.
Il n’est pas interdit de s’enrichir par son travail et son intelligence, tant que le système n’est pas trop mafieux, tandis qu’une économie trop planifiée étouffera l’un et l’autre.
La survie du système bancaire purement capitaliste repose sur la confiance des déposants dans leur banque. Cette confiance est garantie par une acrobatie occidentale permanente plus ou moins fumeuse (depuis Tatcher et Reagan) destinée à contrer le déséquilibre entre le montant des dépôts et la liquidité disponible. Elle l’est par une gestion centralisée, et – le cas échéant: autoritaire – dans les pays qui ont choisi la voie du capitalisme d’état.
La synthèse entre ces deux systèmes n’est pas le « en même temps », qui revient à mutualiser les pertes et à privatiser les gains, mais plutôt la combinaison opportuniste de grands projets publics destinés à relancer ou à soutenir l’économie avec le dynamisme du capitalisme d’entreprises soutenu par des actions juridiques et financières permettant de sanctionner l’incompétence (au lieu de la subventionner) et à soutenir la consommation, en évitant soigneusement la création de monopoles, les délits d’initiés, ainsi que le surendettement public et privé (particuliers et entreprises) et autres cavaleries et pyramides de Ponzi.
[1] Certains jetons s’en chargent
[2] Il y a 3 classes d’algorithme comptable, qui traduisent et induisent des fonctionnements économiques, qui, puisque radicalement différents, en raison d’une approche conceptuelle différente de la monnaie et du crédit , peuvent se révéler complémentaires:
- la comptabilité publique, qui ne connaît structurellement que des dépenses et des recettes, et ignore culturellement la notion de rentabilité et d’efficacité (même si la comptabilité analytique en améliore vaguement la précision),
- la comptabilité capitaliste, qui valorise tout (y compris le moindre capuchon de stylo), rémunère surtout le risque pris par les actionnaires (le capital), mais aussi – de temps en temps – les salariés (le travail), et encouragent cette prise de risque (bourses), avec son cortège des problèmes: fragilité bancaire, spéculation et surendettement,
- la comptabilité du capitalisme d’état, qui ne rémunère que les salariés (le travail), et reste logiquement plus orientée vers la gestion des comptes de résultat que vers un bilan qui tiendrait un compte précis de l’actif et du passif. Les entreprises chinoises n’ont par exemple qu’un seul actionnaire: l’état chinois. Ainsi, l’entreprise Huawei France, déclarée sous statut associatif, ne distribue t elle pas ses bénéfices aux actionnaires (puisqu’en en réalité inexistants), mais – sans doute partiellement – directement aux salariés.
Tout ceci n’est au fond qu’une question de choix de modèle et d’algorithme comptable, et de conventions, dont les tensions politiques qu’il a occasionnées ne font que traduire des organisations différentes.
3 réflexions sur “La Conscience et l’argent”