C’est l’essence même de la politique, soutient Boehm: la faculté d’envisager consciemment toutes les directions qui s’offrent à nous et d’expliquer les raisons pour lesquelles celle ci serait préférable à celle là. A cet égard, Aristote disait vrai lorsqu’il décrivait l’homme comme un animal politique.
Au commencement était …
David Graeber et David Wengrow
Du XIX è siècle au XXIè siècle, au début de la fin du néolithique, le débat politique – redevenu démocratique après une interruption de presque 2000 ans – était limité à une dimension: de la gauche à la droite, des « complètement pour » aux « complètement contre », ou vice versa. Ce débat avait toujours un rapport avec l’argent.

Il s’ensuivit un état de guerre permanent.

Constatant que les extrêmes, s’ils utilisaient apparemment des éléments de langage différents, avaient des méthodes identiques:

René Magritte
des modélisateurs politiques eurent l’idée géniale, pour calmer le jeu, de les joindre:

Mais cette innovation en deux dimensions déboucha sur un cercle vicieux, car les dirigeants et les simples citoyens avaient beaucoup de mal à se retrouver dans la jungle de tous les -ismes inventés par les sociologues, les économistes, les philosophes, les fous et les beaux parleurs:

Certains politiciens essayèrent alors de pratiquer tous les -ismes en même temps, sans prendre la peine de s’essayer à une quelconque synthèse.

Personne n’y comprenant plus quoique ce soit, une dégénérescence bureaucratique et de nouvelles guerres s’ensuivirent, qui durèrent près de mille ans, d’abord sur la Terre et rapidement dans la Voie Lactée, puis dans toutes les Galaxies. Fort heureusement la banalisation de la PMA avait permis la sélection et le bidouillage d’ embryons de plus en plus intelligents, ce qui mit le commun des (désormais) immortels en capacité de conceptualiser un modèle de débat politique en 3D (ce qui coïncide – tous les historiens s’accordent sur ce point -avec la fin toute relative de la période néolithique):

Ce modèle fut désormais adopté par toutes les Galaxies, à l’exception de celle d’Orion qui devint inhabitable suite à un malheureux conflit de génération.
En période électorale, les petits oiseaux porteurs de messages d’amour universel virevoltaient de Galaxies et Galaxies et suggéraient aux électeurs ce qu’il convient de penser. Mais ces « valeurs » étaient vite remplacées par le retour de la connerie préhistorique, les intégrismes et les bonnes vieilles méthodes totalitaires, qui imposent ce qu’il faut faire, sous peine de sanctions.

Leur effet fût néanmoins largement atténué par la complexité et la maturité du débat, auxquels fut adjointe une quatrième dimension: la religion (les théologiens n’arrivant pas à s’accorder sur la nature de la Conscience Universelle).
La dimension féministe disparut (il n’y a plus qu’un seul sexe hermaphrodite, site à une décision du Grand Conseil des Généticiens, car cela devenait invivable), de même que celle du racisme (idem: il n’y eut plus qu’une seule race). Cette opération fit l’objet d’un renouvellement du cheptel d’ humains et assimilés, mené progressivement Galaxie après Galaxie.
L’écologie ne fit plus réfléchir, puisque toute vie était désormais synthétique.
Puis, fatigué des reptiliens, le Conseil Constitutionnel intergalactique se dota enfin d’une démocratie directe.
Les votes se firent alors, via un Référendum Populaire Permanent, par manipulation d’un rubis cube imaginé par une startup (chaque citoyen disposant de 3 minutes de réflexion pour voter par combinaison des concepts disposés en 4 dimensions intergalactiques précédemment décrites et d’un vote local associé aux dimensions supplémentaires propres à chaque Galaxie):

du Référendum Populaire Permanent :
11 dimensions; 10 choix + 1 vote nul par dimension
(soit 121 combinaisons sur lesquelles s’appliquent les règles de calcul de la ligne politique et modulo un contrôle de cohérence, le tout administré par le Grand Conseil des Généticiens)
Cette innovation a débouché sur une période de prospérité qui dure depuis maintenant 1000 ans.
Ce système permet – encore aujourd’hui – à un logiciel libre de calculer en temps réel la ligne politique que doivent suivre les élus; il a remplacé avantageusement les packages marketing électoraux plus ou moins confus de l’ancien temps, que de toute façon personne ne respectait.
Mais depuis quelques temps, les cheptels (âgés en moyenne de 200 ans) de la Galaxie d’Andromède, issu du baby boom favorisé par cette prospérité, après avoir réclamé en vain le remplacement du Grand Conseil des Généticiens par un Comité de Pilotage issu du tirage au sort, se révoltent. Ils ne veulent ni Dieu ni Maître, ils ne veulent plus voter, considérant qu’ étant donné leur extrême intelligence et leur très haut niveau de Conscience, ils n’ont plus besoin de gouvernement et que tout ceci n’est qu’une comédie hypocrite.

De plus ces jeunes folles commencent à s’ennuyer et veulent réintroduire la reproduction sexuée.

Mais où va l’ Univers, je vous le demande?
Fait en l’an 4021 après Jésus Christ quelque part dans l’amas globulaire M22.
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A la racine du problème:
La constitution d’une organisation politique « démocratique » en garantit plus ou moins l’authenticité, car le système électoral permet aux élus de confisquer le pouvoir au nez et à la barbe de leurs électeurs. Ce défaut structurel peut être corrigé par la mise en place de chambres de contrôle issues du tirage au sort.

La constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction.
Marie-Olympe De Gouges
Artiste, écrivaine, Femme politique (1748 – 1793)
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