Meilleurs spécialistes mondiaux du bon goût opportuniste et de l’hypocrisie de mauvais goût, les Bourgeois Bohèmes constituent un panel d’étude passionnant de l’imposture sociale que n’aurait pas dédaigné Molière, ce fou du Roy dont Louis XIV avait pourtant bien conscience de la nécessité (à l’inverse des nos petits Rois de Dingoland contemporains, trop vaniteux pour avoir de l’humour et obsédés par leur projet de dislocation de la société, la pensée unique, les effets de manche et la maîtrise de leurs éléments de langage).

réplique tirée d’un dialogue de Michel Audiard dans les « Tontons flingueurs »
Un Bobo, c’est quoi?
De la droite à la gauche, de l’extrême gauche à l’extrême droite, le Bobo est d’une catégorie socio-professionnelle supérieure car sa tendance perverse narcissique demande en effet un minimum d’intelligence. Il va se draper narcissiquement dans un manteau trop grand pour lui: celui de la dernière vertu à la mode, un peu trop bien pensante pour être vraiment honnête. Cette Tartufferie de Bisounours hors sol, gavé de bonne conscience sans Conscience, devient le principal signe distinctif de classe, qui cultive un entresoi conformiste, nostalgique et rétrograde
Issus du terreau post-soixante-huitard, les Bobos, qui habitent désormais dans des Bobovilles, ont les deux mains dans le caviar, mais encore les deux pieds dans la glaise. Noyés dans un infiniment petit en cours de fossilisation, ils ont du vague à l’âme: les injonctions que leur intime leur inconscient sont tellement paradoxales qu’ils sont tous thérapeutes, coaches ou en thérapie de quelque chose. C’est aussi à ça qu’on les reconnaît: ils soignent entre eux leurs bobos de Bobos.
Boboscopie
Le Boboniais: à l’inverse de ses congénères, qui l’ont en horreur, le Boboniais est un parvenu arrogant dont l’ascension sociale n’ est pas terminée et qui aime le bling-bling. Tout ce qui brille n’est pas d’or, et c’est pour cela qu’il adore le lustre et l’étalage du conformisme de mauvais goût, avec une naïveté appliquée et une sincérité touchante. Cet apprenti Bobo écoute les infos à la télé et en tire une analyse politique très fine qui lui suffit. Le Boboniais est le seul à dire ce qu’il pense et à faire ce qu’il dit. C’ est un émotif actif primaire: il surréagit aux provocations, mas sans réfléchir aux conséquences. N’est pas Bobo qui veut!
Le Bobocolo: allongé au bord de sa piscine chauffée sur son transat en teck à surveiller la cuisson de ses steaks de thon, un Mojito à la main, le Bobocolo est un écologiste intégriste révolté contre la déforestation et la surexploitation des Océans. Il vote écolo intégriste, est favorable à la contre culture et à la décroissance, du moment que ça se passe en dehors de son ghetto sécurisé.
Le Bobocrado ne se lave qu’une fois par mois pour économiser l’eau, même en Bretagne, région qui – comme chacun sait – en manque cruellement.
Le Bobomaso cultive – à leur place – la culpabilité de ses ancêtres qui ont, il est vrai, inventé la pollution, le racisme, le sexisme, le génocide industriel et la guerre mondiale. Ne trouvant donc pas de réponse à ses problèmes existentiels posthumes dans la civilisation contemporaine, il propose un RESET général par le retour à la civilisation paléolithique, ce qui suppose au passage une réduction drastique de la surpopulation mondiale. Il n’est au fond que le digne héritier de ces ancêtres; c’est pourquoi on l’appelle également Bobopaléo.
Le Bobovélo ne se déplace plus qu’en tandem (s’il est romantique, ce qui est mal vu) ou en tricycle de récup (style vintage années 50) auquel il a ajouté caméra de recul, batterie et GPS (made in China).
Le Bobosurvivaliste stocke des graines bio et s’entraine à pédaler pour faire fonctionner son générateur de secours, en cas de défaillance de son éolienne de jardin qu’il a bricolée avec génie. Il creuse discrètement et à la pioche un trou pour aménager son bunker souterrain, ce qui – combiné avec une alimentation constituée exclusivement de ses graines – lui donne une forme olympique. Il suit également sur internet des cours d’auto formation proposé par un Bobominimaliste.
Le Bobominimaliste se suffit de rien: un four à micro ondes, une plaque de cuisson à induction, un robot aspirateur autonome, des lampes à led, sa douche auto-massante et son PC, auxquels il convient d’ajouter une couverture de survie, une écuelle et un couteau Suisse multifonction. Et il n’a même pas de voiture car en un ou deux clics sur son téléphone portable, un esclave l’attend dans une limousine de luxe en bas de chez lui. Ne sachant plus à quel Dieu se vouer, Il a fait vœu de pauvreté par masochisme, et il est culpabilisant par perversité.
Le Bobogogo est tout à la fois un Boboniais et un Bobominimaliste améliorés. Le Bobogogo est adepte des tiny houses, dont il habite fièrement l’ exemplaire qu’il a financé avec un emprunt contracté sur deux générations, en partie pour payer ses impôts car, comme son habitat est trop petit, il est célibataire et n’a pas d’enfants, ce qui fait grimper son taux d’imposition, dont il s’acquitte avec fierté et avec application.
La Boboféministe: Hyper-conformiste, on lui a appris à prendre le pouvoir, ce qu’elle fait avec brio: elle a copié la bêtise et la méchanceté masculine, et, sans pouvoir en adopter l’agressivité créatrice, a desséché son âme et perdu toute empathie. Ayant échappé à un féminicide, elle a par vengeance poussé deux ou trois ex au suicide, ce dont elle est très fière. Son charme bureaucratique de page publicitaire d’un journal économique lui donne l’érotisme torride d’une gardienne de prison Soviétique. Favorable à la PMA et à la GPA pour toutes, elle achètera son futur bébé bio sur Internet. Elle allume toute seule son barbecue avec des silex pour ses copines.

La Bobocratie
Trop surs d’eux, les Bobos ont, à leurs risques et périls, le pouvoir conventionnel et conformiste; dans un monde en pleine mutation, ils risquent de le perdre sans préavis.
Le Bobostartup confond invention et innovation. Imaginant des produits nouveaux à base de technologies et d’usages numériques à la mode inventés il y a plusieurs dizaines d’années en Californie, il se glorifie d’être un inventeur. Il a beaucoup d’idées, mais est parfaitement incapable de sortir du cadre auquel il n’a rien compris et dont il a laissé à d’autres la conception.
Le Bobosocialo est favorable au partage des richesses, du moment que cela lui profite. Appartenant à feu la Gauche Caviar, il a, par un tour de passe passe, transformé son idéal social en libéralisme totalitaire, légitimant ainsi – après l’avoir fabriqué – le Bobofacho.
Le Bobofacho aime imposer aux autres ce qu’il n’aimerait pas qu’on lui fasse; tout est petit chez lui: le souffle, les bras, les jambes, la distance entre les yeux et surtout la distance entre les sourcils et le haut du crâne. Parfois inspiré par la religion (toutes tendances confondues), le nationalisme méticuleusement péri-métré ou le suprémacisme ethnique (toutes tendances confondues), il s’accroche désespéramment à son passé. Il se dit prêt à la mise en œuvre de méthodes brutales, qui le verront s’évanouir à la vue de la première goutte de sang.
Le Bobo-isme
Les Bobos ont un crédo:
« On est trop nombreux sur terre! Les pays pauvres doivent arrêter de se développer, ou alors à condition de polluer énormément et de se massacrer entre eux. Parce que si ils se développaient en dépolluant et en étant moins génocidaires que nous, ça pourrait finir par devenir vexant! Nous on préfère faire l’aumône aux pauvres en distribuant gratuitement des leçons de morale et en leur vendant des armes. »

L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges et l’âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier.
François-René de Chateaubriand
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Voila bien les hommes! Tous également scélérats dans leurs projets, ce qu’ils mettent de faiblesse dans l’exécution, ils l’appellent probité.
Les liaisons dangereuses – lettre LXVI
Pierre Choderlos de Laclos
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